
L’histoire se passe au sein de Cheuvreux, la filiale en courtage (vente et achat de titres financiers) de la banque verte… Sa direction a mis en place un plan de restructuration dont l’objectif est d’économiser 32 millions d’euros en 2009. Pour cela, elle a décidé de supprimer 75 emplois, via des départs volontaires et contraints. Une information que la direction de Cheuvreux a confirmée à Libération. Mais, dans le même temps, elle refuse de s’exprimer sur un élément très gênant, que Libération révèle : elle va distribuer une enveloppe de 51 millions d’euros de bonus à ses cadres, dont l’essentiel est réservé au top management.
La crise ne touchera cependant pas tout le monde. Début janvier, François Simon, le directeur général de Cheuvreux, présente ses vœux aux salariés en leur annonçant une bonne nouvelle. Du moins pour les non-licenciés. L’enveloppe allouée aux bonus va diminuer, mais elle sera conséquente. Selon des documents de la direction, que Libération s’est procurés, elle doit passer de 82 millions en 2008 à 51 millions d’euros en 2009. «Comparé au reste de l’industrie financière, il s’agit d’une diminution très faible, commente, dégoûté, un salarié. Et elle part d’un niveau historique jamais atteint par la société.» Les années 2006 ou 2007 ont été très fastes pour le courtage…
Grand train. Au même moment, la polémique enfle sur les bonus des dirigeants de banques. Et, sous la pression de l’Elysée, Georges Pauget, le directeur général du Crédit agricole, accepte de renoncer à la partie variable de sa rémunération. Mais la direction de Cheuvreux ne se sent pas concernée par cet engagement. Pas plus d’ailleurs par la situation financière qui continue de se dégrader. En janvier 2009, le chiffre d’affaires est en baisse de 40 % par rapport à janvier 2008 : l’entreprise a perdu 5 millions d’euros sur un seul mois. Seule réaction de la direction : envisager un nouveau «dégraissage». En cas d’«aggravation de la crise dans les prochains mois», une «deuxième série de départs pourrait être envisagée», évoque ainsi le plan de sauvegarde de l’emploi. Pas question en revanche de toucher aux bonus.