Publié par : coodgle | 1 avril, 2009

TAISEZ VOUS ELKABACH!

elkab

Merci monsieur le Président. » Trop flatté de l’honneur qui lui était fait d’interviewer dans les murs de l’Elysée pour l’ouverture du G20, ce n’est pas quatre fois que Jean-Pierre Elkabbach a rendu grâce. « Je vous remercie de nous avoir reçu dans le salon Murat. Merci. », a-t-il même conclu. Stoïque, le chef de l’Etat ne lui a pas rendu la politesse. Pourtant, il aurait pu : du début à la fin, à part quelques insistance, le journaliste a laissé le Président dérouler le discours d’auto-célébration lénifiante qu’il avait prévu. Sarkozy ne va jamais chez Europe 1 par hasard.

Parlez M. Elkabbach !
Sur le sommet de Londres, le Président a pu ressortir intégralement tous ses discours sur la finance dérégulée, les paradis fiscaux et la réforme du capitalisme sans presque être interrompu. Elkabbach va jusqu’à fournir des phrases que Sarkozy répète textuellement : « vous ne vous associerez pas à un sommet qui ne déciderait de rien ?
-Je ne m’associerais pas à un sommet qui ne déciderait de rien, »
répète le Président. Sortant de son rôle de souffleur, l’animateur tente vainement une question plus terre à terre : « les Français aimeraient savoir concrètement ce que vous allez faire pour eux. » Le Président est lancé et laisse Elkabbach au bord de son discours.

Humiliation publique
Inquiet d’avoir froissé le chef de l’Etat, l’intervieweur tente de l’amadouer par une formulation flatteuse : « Le président Obama reste-t-il, comme l’était le candidat Obama, votre copain ? » Presque vexé par une telle familiarité, Sarkozy le reprend d’un vif « ça ne se passe pas comme ça. »

Se sachant en position de force, il décide même de jouer de son atout. « Pourquoi vous donnez l’impression de vouloir donner des cibles ? », demande soudain Elkabbach. « Soyez précis !», exige le Président.
- Eh bien… Vous avez stigmatisé les enseignants-chercheurs, la presse…
»,  bredouille le journaliste.
-Quand ? J’attends !» s‘agace Sarkozy. Vous me posez une question, je vous demande, calmement, sereinement d’être plus précis.»
-Quand vous avez fait votre discours sur la recherche», lance Elkabbach.
-Un milliard d’euros..», glisse Sarkozy pour rappeler ses promesses au monde de la recherche.
- Des efforts extrêmement remarqués et remarquables », se rattrape e journaliste comme un courtisan pris en faute tente de louer la magnanimité du souverain.

Au secours M. le Président !
« Il faut que vous abaissiez le climat, sinon bientôt on chantera « ça ira ça ira, les banquiers et les patrons à la lanterne ! », plaisante Elkabbach. « Dites ça à ceux qui font les unes », répond le Président, si conscient de son pouvoir sur l’intervieweur qu’il lui parle comme à un laquais.

Pour rester sur une bonne impression, il finit même les phrases de Sarkozy se rêvant en capitaine menant le vaisseau France dans la tempête : « il faut donner des solutions aux Français, donner de la vitalité aux Français. » Las, l’interview est déjà terminée : le chef de l’Etat n’est pas sorti une seule fois du plan de son discours, s’est avantageusement présenté comme le leader mondial de la résolution de la crise, a moqué la presse d’opposition, les manifestants…La tranquillité et le confort de certaines radios privées est sans pareil. A la décharge de Jean-Pierre Elkabach, l’exercice d’interviewer solitaire à l’Elysée n’a jamais laissé intact les journalistes qui s’y sont prêtés. Difficile de jouer les Rouletabille sous les ors de la République…

Sylvain Lapoix.


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